Guy Gavriel KAY
retour à la page d'accueil retour à la page sf

Le dernier rayon du soleil    (Editions France-Loisirs)

Quel ouvrage extraordinaire ! Aussi subtil que profond, aussi léger que fouillé, aussi poétique que fort, un roman de Fantasy comme on voudrait qu'ils soient tous ! Une saga nordique, inspirée des Vikings, puissante, à la fois violente et tendre est profondément dépaysante, et d'une rare beauté. La magie des fées, le courage invicible des guerriers, l'étude précise des personnages féminins, les rudes moeurs, les croyances, la religion, tout l'ensemble de cette oeuvre constitue un monde original, très proche de celui de Tolkien. On sort de cette lecture comme on reviendrait d'un voyage lointain, avec quelques difficultés pour quitter ces bois et ces villages, ces landes et ces mers, ces hommes et ces femmes...
Un grand talent d'écriture et de composition en plus, un style limpide, presque aérien, peut-être le meilleur de toute la production de cet auteur ?

Haut

La tapisserie de Fionavar    (Pygmalion)

L'arbre de l'été
Le feu vagabond
La voie obscure
Guy Gavriel Kay, qui est connu pour sa participation avec Christopher Tolkien à la publication du Silmarillion, rend ici un très bel hommage à J.R.R. Tolkien. On y retrouve en effet une terre du milieu dans laquelle la Lumière affronte les Ténèbres. Contrairement à ce que pourrait laisser croire "L'arbre de l'été", G. G. Kay va beaucoup plus loin que le simple pastiche de l'oeuvre Tolkienienne : Fionavar se trouve au carrefour de plusieurs univers, parmi lesquels la terre du XXème siècle et l'univers des légendes arthuriennes, ce qui confère une grande richesse à l'univers de Fionavar. De plus, les personnages principaux sont très loin des stéréotypes rencontrés dans l'heroic fantasy "classique". Tout ceci fait que lorsqu'on a fini les 1300 pages de la trilogie, on a immédiatement envie de les relire entièrement depuis le début ! Une très légère ombre au tableau toutefois : pour rendre hommage à Tolkien de façon vraiment complète, G. G. Kay aurait du détailler les langues parlées dans les mondes de la "Tapisserie de Fionavar", or il n'en a absolument rien fait (est-ce par crainte de ne pouvoir supporter la comparaison avec le grand maître ?).(A)
Une fantastique épopée faite tout à la fois de récits chevaleresques et de poésie, avec des personnages attachants, des situations qui ouvrent la porte au rêve et à l'imaginaire, une intrigue sans faille, une histoire "bellement tissée". Toutefois, il est fort difficile d'admettre l'intrusion dans l'univers de Fionavar de ces cinq jeunes canadiens, qui sautent sans s'inquiéter outre mesure, d'une fin de vingtième siècle terrestre à un autre monde, et s'y retrouvent parfaitement à leur aise. Cette mauvaise impression s'estompe au fur et à mesure que l'épopée s'avance et que l'action s'intensifie, mais tout de même, il y a là quelque chose de choquant... pour garder le parallèle avec Tolkien, les Hobbits, eux, étaient au moins parfaitement intemporels ! (H)

Haut


Tigane    (L'Atalante)

Une fabuleuse oeuvre d'imagination se situant dans un monde inspiré de l'Italie du XIVème et du XVème siècle. On sent qu'ici l'auteur prend ses distances avec la "fantasy" : le rôle de la magie s'amenuise et on ne retrouve pas les nombreux deux ex machina qui ponctuaient l'intrigue de la "Tapisserie de Fionavar". A la place, Guy Gavriel Kay détaille le passé et la psychologie des personnages d'une façon tout à fait probante. On ne peut avoir qu'un seul regret : les 650 pages de ce roman sont quelque peu insuffisantes pour décrire avec une grande richesse de détail l'univers de Tigane, ce qui laisse croire à un manque de documentation de la part de l'auteur, alors qu'il n'en est rien. Il aurait sans doute fallu plus de 1000 pages pour arriver à brosser un tableau complet de Tigane, et par exemple mieux faire ressortir les particularités des différentes provinces de la péninsule, car ces différences semblent avoir une grande importance dans l'intrigue.

Haut


La chanson d'Arbonne    (L'Atalante)

Ce qu'il y a de bien avec Guy Gavriel Kay, c'est que l'on peut voir son style évoluer de romans en romans et tendre vers la perfection. L'évolution vers une fantasy plus réaliste déjà entreprise avec la parution de Tigane poursuit ici son chemin. Après l'Italie de la Renaissance, on a affaire ici à un monde s'inspirant du midi de la France vers les XIème et XIIème siècles (peut-être même XIIIème siècle, mais c'est difficile à dire). Il s'agit d'ailleurs beaucoup plus qu'un simple décor, vu l'importance du travail de recherche et de documentation historique. L'auteur tente réellement de redonner vie à la civilisation des troubadours dans toute sa richesse, ce qui fait de la Chanson d'Arbonne davantage un roman d'inspiration historique qu'une oeuvre de fantasy pure, dont on est bien loin des clichés du genre, ne serait-ce que par la place purement anecdotique et marginale dévolue à la magie. Du reste, Guy Gavriel Kay s'affirme comme un grand écrivain avec du style. L'aspect psychologique des personnages y est fouillé et détaillé à l'extrême sans jamais ennuyer, et l'auteur a su trouver un parfait équilibre entre densité des intrigues, réalisme social et psychologique, et lisibilité. Guy Gavriel Kay atteint dans ce roman un sommet qu'il risque malheureusement de ne pouvoir dépasser, tant il serait difficile de faire mieux !

Haut


Les lions d'Al-Rassan    (L'Atalante)

Pour son quatrième ouvrage - ou plutôt son quatrième voyage dans le multivers aux deux lunes, l'une blanche, l'autre bleue - Guy Gavriel Kay emmène cette fois-ci le lecteur dans un monde s'inspirant de l'Espagne médiévale des débuts de la Reconquête, juste après la chute du califat de Cordoue. Il met en scène la rencontre de trois personnages, chacun étant issu d'une des trois religions qui s'affrontant suite à la chute du califat de Cordoue. Quoique improbable dans l'histoire réelle, Guy Gavriel Kay, qui est passé maître dans la psychologie des personnages, a su donner une vraisemblance à son récit, créant par la même un genre totalement nouveau à mi-chemin de la fantasy et du roman d'inspiration historique. En fait, à part une brève allusion au multivers de Fionavar et l'attribution de quelques vagues pouvoirs de clairvoyance à l'un de ses personnages, Les lions d'Al-Rassan n'ont définitivement plus rien à voir avec la fantasy, et surtout la mauvaise fantasy d'imitation Tolkienienne, pleine de sorts, d'elfes et de monstres divers. Sans aucune contestation possible, Guy Gavriel Kay est dorénavant un grand écrivain, écrivant peu, mais ne produisant que des purs chef d'oeuvres tous plus inoubliables les uns que les autres, parmi lesquels Les lions d'Al-Rassan occupent une place privilégiée, en particulier aussi grâce à la traduction sans faille d'Elisabeth Vonarburg.(A)
Un ouvrage somptueux que ce livre. Il ne se lit pas, il se déguste, lentement, suavement, chaque mot, chaque phrase est à savourer comme quelque chose d'unique et de raffiné. Tout dans cette histoire est raffinement, d'ailleurs, même les massacres et les tortures, tout y est finesse, la psychologie des personnages, les décors, la méthode rigoureuse avec laquelle est menée l'intrigue, ce sont 600 pages d'un plaisir aussi délicat que profond. A ne manquer sous aucun prétexte. (H)

Haut