Pierre BORDAGE
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Nouvelle vie    (L'Atalante)

Affreux ! Désespérant ! Horrible ! Epouvantable ! ... Les sujets de ces excellentes nouvelles ! Un recueil remarquable, une écriture parfaite à la fois fluide et précise, beaucoup d'originalité, de noirceur aussi, de talent dans l'art de la chute et de l'écriture concise, une réussite à tous points de vue, même si les sujets font froid dans le dos. Des nouvelles d'anthologie, à ne manquer sous aucun prétexte. Un grand auteur..

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Les derniers hommes    (J'ai Lu)

La longue errance des peuples nomades rescapés de la troisième guerre mondiale, qui errent sur une terre polluée, dévastée, déserte, aux prises avec les descendants des animaux génétiquement modifiés, et les robots armés laissés en fonctionnement après la fin dramatique du conflit. Revenus bien avant l'ère technologique, les survivants, font appel aux devins et autres guérisseurs pour tenter de protéger leur tribu des vicissitudes d'une vie quasiment sauvage. Dit ainsi, on pourrait penser que ce livre est un remake de la Guerre du Feu, transposée à l'époque post-apocalyptique, mais c'est en fait beaucoup plus que ça, beaucoup plus qu'une simple observation de la simple adaptation de l'être humain, dont la capacité de survie est immense. Il y a dans cet ouvrage une dimension religieuse, philosophique, voire métaphysique, la fin en serait presque obscure tant elle est symbolique et désincarnée... Et c'est ce qui en fait tout l'intérêt, toute l'originalité. Un livre long (un peu trop, et c'est le seul reproche qu'on puisse lui adresser), fort, profond, très bien écrit, à ne pas manquer.

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Abzalon    (L'Atalante)

Difficile d'entrer dans ce livre, les cinquante premières pages sont un peu confuses : il y a une multitude de personnages, des lieux insolites, des civilisations diverses, et surtout, l'auteur lance plusieurs pistes parallèles sans que l'on puisse à ce stade comprendre aisément le rapport qu'il y a entre elles. Cette écriture, non linéaire, est assez gênante, d'autant plus qu'elle est entrecoupée d'apartés provenant d'un personnage qui ne se révélera qu'ensuite. Le héros n'est pas très sympathique au premier abord, il y a de la violence gratuite, des situations déplaisantes, et puis tout change, les liens deviennent évidents, le huis clos devient passionnant, l'affrontement entre les personnages spectaculaires et les retournements de situations remarquables, et on se laisse envoûter par cette histoire, à la fois intimiste et grandiose, mystérieuse et quotidienne, pleine d'action et aussi de psychologie, jusqu'à l'apothéose finale, parfaitement amenée. C'est beau ! Bien plus proche de la trilogie des " Guerriers du Silence " que de " Wang ", c'est finalement un grand livre, un livre dépaysant, qui fait rêver, et l'on en vient à regretter que l'auteur, pour respecter un certain rythme, fasse d'importants sauts dans le temps, et surtout, que l'on soit obligé d'attendre que la suite soit écrite !

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Orcheron    (L'Atalante)

Superbe et fabuleuse, cette suite d'Abzalon ! Impeccablement construit, remarquablement bien écrit, un ouvrage qui mérite une lecture attentive et passionnée. Changement de temps, changement de plans, ce roman n'est pas du tout linéaire, il est un mélange de récits d'actions, et de fragments de lettres et d'écrits à la première personne. Cette variété donne un rythme original à l'histoire. Beaucoup de personnages interviennent, des humains, des presque humains, une faune étonnante, le tout avec une précision dans la description et une profondeur psychologique parfaites. On vit avec les héros, on suit leur périple entre violence et amour, il y a de la magie et de la profondeur tout à la fois, tout un monde imaginé, avec ses structures sociales, son passé, ses factions rivales, ses croyances et par dessus tout, il y a cette si belle langue, que l'auteur manipule avec tant d'aisance ! Un grand livre, un chef d'oeuvre ?

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Atlantis    (J'ai Lu)

Une belle histoire, qui se déroule avec ampleur entre l'Atlantide, l'Ile de Pâques et une taïga plus ou moins sibérienne. Une écriture remarquable, avec des descriptions ciselées et un vocabulaire riche et précis. Des personnages attachants, émouvants, héroïques et courageux. Une intrigue bien menée, des trouvailles d'imagination, beaucoup de poésie et un grand souffle lyrique aussi. On ressent tout cela quand la dernière page est achevée, on a même du mal à refermer ce livre... pourant... si l'on y réfléchit, il y a quand même un certain nombre de clichés : héros invincible, qui n'a jamais froid, jamais peur, et qui parvient à vaincre tous ses adversaires malgré ses blessures, prêtresse qui sacrifie son amour, méchants qui le sont furieusement, batailles sanglantes et acharnées d'où les "bons" sortent toujours gagnant... Mais au fond, ne sont-ce pas là les ingrédients des romans d'aventures chevaleresques dans la plus pure des traditions ? Et "ATLANTIS", dont l'action pourrait se situer aussi bien dans un lointain passé que dans un hypothétique avenir, ne dépare pas cette lignée, d'autant plus que c'est remarquablement bien écrit, ce qui ne gâte rien ! Coupable d'aimer ça ? Peut-être, mais heureux de l'avoir lu, certainement.

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Les portes d'occident et les aigles d'orient    (L'Atalante)

Le cycle "Wang" comporte deux volumes, dont "Les portes d'Occident" est le premier, suivi par "Les aigles d'Orient".
Les portes d'Occident : On retrouve avec plaisir dans ce premier volume la verve romanesque de l'auteur du cycle des "Guerriers du silence". Cette fois-ci, le cadre du récit n'est plus un univers de space-opera, mais un monde cyberpunk bien désepérant comme il se doit, avec quelques ressemblances avec le "F.A.U.S.T." de Serge Lehman, mais peut-être est-ce plutôt là une tendance du cyberpunk français : l'accent y est moins mis sur la technologie, avec un message politique beaucoup plus explicite, du moins en apparence. Du point de vue littéraire, Pierre Bordage parvient presque à maturité par rapport à son précédent cycle : l'action ne progresse plus trop à coup de deus ex machina, bien qu'il y ait encore quelques raffistolages douteux pour faire tenir debout le tout, surtout lorsqu'il s'agit de narrer l'histoire des siècles futurs en extrapolant à partir de quelques tendances actuelles. Sinon, ça se laisse très bien lire, on "accroche" parfaitement bien à l'intrigue.(A)

Les aigles d'Orient : Il s'agit de la suite des "Portes d'Occident", concluant le cycle de "Wang". En ce qui concerne les deux premiers tiers du roman, il n'y a rien de plus à ajouter par rapport au premier tome, en particulier l'idée de la réalité virtuelle pas virtuelle du tout est toujours aussi passionnante, l'intérêt du lecteur ne faiblit pas. Par contre tout se gâte dans le dernier tiers du roman : Bordage était-il pressé d'en finir avec "Wang", ou bien en manque d'inspiration ? Toujours est-il que la fin est bourrée de stéréotypes, qui auraient pu être évités si l'auteur n'avait pas décidé que "ça doit bien se finir". Le problème est que - c'est bien connu - les auteurs français ne savent pas écrire des fins heureuses, c'est un genre traditionnellement réservé aux anglo-saxons. Le résultat est une fin totalement prévisible et sans grand intérêt. Au final, "Wang" est un bon cycle (très bon même pour de la SF française !) si on passe rapidement sur le dénouement.(A)

Ces deux livres se lisent extrêmement facilement, et avec beaucoup de plaisir, c'est indéniable. L'auteur a l'art de maintenir son lecteur en haleine, et le temps passe vite en sa compagnie. Mais, si on réfléchit un tant soit peu, on s'aperçoit qu'au fond, il ne fait que manipuler une belle quantité de lieux communs, de poncifs politiques éculés, d'idées générales banales. Il fait référence à des événements connus, qu'il traite avec un léger décalage par rapport à la réalité, ce qui laisse une curieuse impression de malaise, de porte à faux. Et puis, ce héros invincible n'est guère crédible, et les nuances psychologiques ne sont pas au rendez-vous. C'est vrai aussi que la fin est bâclée, on a l'impression que P. Bordage voulait se débarrasser d'une histoire qui ne l'inspirait plus, et qu'il a écrit les 200 dernières pages en toute hâte, comme pour en finir au plus vite, négligeant l'authenticité de l'épilogue dont le côté "eau de rose", ne va pas avec le reste.
Loin, très loin de la trilogie des "Guerriers du silence", Wang n'est qu'un thriller pas déplaisant d'ailleurs, avec quelques bonnes idées (le réseau sensolibertaire, par exemple, mais la façon de le traiter est grand guignolesque), noyées dans trop d'incohérences.(H)

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