ROMANS
retour à la page d'accueil

La défaite des mères   Yves Pinguilly - Adrienne Yabouza

Ce livre aurait pu être drôle s'il n'avait été aussi pathétique, si le pamphlet politique ne l'avait pas emporté sur l'humour et la dérision, du coup, la lecture en est ambigue, et presque désagréable. En plus, ça rappelle des épisodes de l'histoire récente, certes, mais qui va sur ses 30 ans quand même, donc, inconnue ou oubliée de beaucoup, ce qui n'aide pas à comprendre et à remettre dans leur contexte les détails anecdotiques. Enfin, pourquoi pour stigmatiser le colonialisme fallait-il autant ridiculiser les Noirs ?

Haut


Carmilla   Joseph Sheridan le Fanu

Un auteur à découvrir ou à redécouvrir, des nouvelles fantastiques, effrayantes sans effets spéciaux, à classer entre Bram Stoker et Edgar Poe, d'une qualité presque équivalente à ce dernier, ce qui n'est pas un mince compliment. En plus, on a plaisir à lire les excellentes traductions d'Alain Doremieux et d'Elisabeth Gilles qui on su retrouver le vocabulaire et la mélodie des phrases des auteurs de cette époque. Donc, un très grand plaisir de lecture, et l'envie de découvrir d'autres oeuvres du même auteur.

Haut


Le roi de Kahel   Tierno Monénembo

En lisant ce livre, on ne réussit pas à savoir s'il s'agit d'un récit véridique, à peine romancé et interprété par l'auteur, ou s'il s'agit d'une pure fiction, se basant sur des lieux existants et un fond d'histoire coloniale réelle. Sans doute est-ce le ton à la fois humoristique et pathétique de l'auteur qui engendre la confusion. Aimé Victor Olivier a bel et bien existé, il est de la race de Michel Vieuxchange et d'Odette de Puigaudeau pour le courage et la tenacité, avec en plus un grain de folie indéniable. Un récit amusant, une écriture rapide et vivante, mais il persiste une ambiguité quant aux buts de l'auteur qui est un peu désagréable.

Haut


La femme aux pieds nus   Scholastique Mukasonga

Le début de ce livre met vraiment mal à l'aise, au point qu'on en arrêterait vite la lecture tant ces horreurs semblent être reprochées au lecteur impuissant... Ensuite, certes, on s'attache à la vie de cette famille africaine, en ayant bien du mal à se dire qu'ils sont nos contemporains, tant leur mode de vie semble tout droit sorti d'un documentaire ethnologique ! Le tout est sympathique, mais sans plus, bien écrit, mais pas guère original.

Haut


Le passé devant soi   Gilbert Gatoré

Il est assez difficile d'entrer dans cette histoire, et la fin est quelque peu décevante, par contre, le corps du livre est superbe, bien écrit, bien construit, avec des personnages assez finement étudiés pour ne pas être que de simples stéréotypes, et des évocations d'autant plus effroyables qu'elles sont justes esquissées, avec pudeur et sans voyeurisme. Un livre sympathique, certes, mais pas un livre inoubliable toutefois.

Haut


La flèche jaune   Viktor Pelevine

Etrange allégorie que ce tout petit livre : des gens sont dans un train, le train roule, le paysage est infini, le train aussi, nul ne sait d'où il vient ni où il va, certains meurent en route et sont évacués à l'extérieur, nul n'en descend ni n'y monte.. les passagers y dorment, y mangent, y vivent, plus ou moins confortablement selon la classe où ils sont, tout y est aussi absurde qu'admis par tous. Bizarre à lire, sans doute faut-il être russe pour en comprendre toutes les finesses et les non-dits, pour en saisir toutes les allusions et les évocations mystérieuses.

Haut


Qu'ai-je donc fait ?   Jean d'Ormesson

Un testament ? Une auto-analyse ? Un bilan quand la plus grande partie de la vie est derrière soi ? Le tout ensemble, puisque dans cet ouvrage, l'auteur parle de lui, de tout ce qui tourne autour de lui, de son passé, de ses réflexions sur tous les sujets qui l'intéressent ou l'interpellent, de son microcosme.... Il se regarde le nombril ? Certes, mais il le décrit tellement bien....

Haut


Une nuit @ the call center   Chetan Bhagat

La seule originalité de cet ouvrage est que c'est un roman indien ! Sinon, les amours et les soucis d'un service de hot-line restent dans une honnête banalité, avec un abord psychologique des personnages plus proche de l'émission de télé de grande diffusion que du roman classique (chef de service nul et tyrannique, jeune fille qui veut devenir starlette, etc..). Toutefois, ça se lit très bien, et plutôt agréablement, c'est plaisant et pas fatigant, donc, tout n'est pas négatif dans ce livre !

Haut


La malédicton du lamantin   Moussa Konaté

Sympathique, émouvant, amusant, vivant, coloré, plein de fraîcheur, agréable à lire, mais... heureusement que Moussa Konaté est lui-même Malien, parce que si c'était un blanc qui avait raconté cette histoire, les parangons du politiquement correct auraient hurlé au racisme méprisant primaire !

Haut


Mathématiques congolaises   In Koli Jean Bafane

Voilà un roman très vivant, très bien écrit, très bien structuré, très bien mené ! Vivant, parce que l'on marche dans les rues de Kinshasa, on sent les odeurs, on ressent la chaleur implacable du soleil, on a faim avec ceux qui errent, on désespère devant le manque d'humanité de certains... Bien écrit et bien fait, avec une intrigue à l'architecture rigoureuse, et des personnages très bien étudiés et originaux. En plus, cet ouvrage est dépaysant, vivre de l'intérieur la génèse d'une crise politique dans un pays instable d'Afrique alors qu'habituellement, on parcourt d'un oeil distrait un entrefilet de journal, est intéressant. Enfin, le héros est aussi original qu'attachant. Donc, un livre fort agréable à découvrir, à lire et à apprécier.

Haut


Histoires du pays de l'or   Jack London

Un classique de la littérature, qu'il est dommage d'abandonner passé l'adolescence parce que c'est un auteur agréable, rafraîchissant et très plaisant à lire. Sous forme de nouvelles courtes et vivantes, on part au milieu des hommes (et des femmes) de la ruée vers l'or du Klondike, dans l'hiver nord américain, dans la boue, la neige ou la poussière, pour quelques traces d'or, ou pour la fortune...

Haut


Les aventures de Tom Sawyer   Mark Twain

Agréable et amusant de relire ce grand classique même si la traduction de Bernard Hoepffner est un peu déroutante -- il paraît que c'est la plus authentique -- et de se promener sur les rives du Mississippi en compagnie de tous ces sympathiques garnements. Toute une époque !

Haut


Les histoires inédites du petit Nicolas   Goscinny et Sempé

Quelques histoires en deux tomes, non encore parues, de ce sympathique petit personnage qui ne fait pas du tout ses cinquante ans ! Certes, c'est un peu répétitif à la longue, mais cette peinture humoristique des années 50, avec le papa qui rentre fatigué du bureau, la maman qui s'affaire à la cuisine, les gamins qui font des bêtises à la Communale, est rafraîchissante et drôle. A lire à tout âge pour se divertir et pour sourire.

Haut


Le goûter chez Dieu   Frédérique Hébrard

Plus une autobiographie qu'un roman, encore qu'il s'agisse plutôt de souvenirs de gens rencontrés, aimés, admirés, Maurice Chevalier par exemple. Bien écrit, facile à lire, original dans sa présentation, cet ouvrage ne laissera sans doute pas un souvenir impérissable mais reste une lecture agréable et distrayante.

Haut


La fin du monde   Camille Flammarion

Ecrit en 1894, cet ouvrage ne vaut que pour son côté historique, mais surtout pas pour sa véracité scientifique ni pour la justesse de ses prédictions ! En fait, hormis pour un chercheur dans ce domaine, ou pour une étude sur ce grand astronome, la lecture de ce livre est plutôt fastidieuse, tant le style, l'histoire, l'atmosphère datent... en un mot, pour un lecteur des années 2000, c'est quasiment illisible. Disons que ça a très mal passé le temps, et que les élucubrations philosophiques de l'auteur, son enthousiasme un peu exagéré, n'aident pas. Enfin, il y a beaucoup d'autres ouvrages infiniment plus passionnants à lire de ce grand homme.

Haut


Evolution   Stephen Baxter

Une immense frise chronologique qui part de l'époque des derniers dinosaures pour aller jusqu'à l'humain actuel. C'est grandiose et superbe, la première partie est une fresque gigantesque, à l'image de ces sauriens qui peuplaient une Terre qui ne ressemblait absolument pas à celle que nous connaissons. En compagnie des premiers mammifères, on survole les millions d'années qui défilent avec leurs changements climatiques, leurs catastrophes, et la vie animale en perpétuelles mutations, en compagnie d'être vivants qui tentent de survivre et de se multiplier. Et puis, l'ébauche de l'homme arrive.... et hélas, la seconde partie du livre déçoit ! Les histoires des humains sont répétitives, n'ont plus du tout la magie du début, les différents protagonistes se mettent à parler et à agir comme dans une série américaine ou un film de série B, on a l'impression que la même histoire se répète en boucle, et on abandonne... Quel dommage ! Pourquoi avoir fait si long ? Pourquoi avoir perdu en route l'originalité et le souffle des 300 premières pages ? Pourquoi cette médiocrité alors que le début était si fascinant et si prometteur ? Donc, il faut lire avec ravissement ces 300 premières pages, et refermer le livre ensuite !

Haut


Les fosses d'Iverson   Dan Simmons

Court roman ou longue nouvelle, ce texte est impressionnant ; quand on commence à lire la première ligne, on ne peut pas ne pas aller au bout d'une traite. Il s'agit donc de la bataille de Gettysburg, lors de la Guerre de Sécession, vue à travers le filtre des souvenirs d'un vétéran... mais le récit, fictif, tourne rapidement à l'horreur, et à la vision cauchemardesque du champ de bataille et des sensations rémanentes qui en surgissent. Un grand talent, un grand auteur !

Haut


L'historienne et Drakula    Elisabeth Kostova

Quel bouquin ! On ouvre la première page, et on n'a de cesse d'arriver à la dernière tant cette histoire est passionnante ! Suspense, voyage historique quasi initiatique, on ne peut pas s'en détacher tant l'auteur sait maintenir en haleine son lecteur, le promenant de l'Angleterre à la Bulgarie, en passant pas Istamboul et le sud de la France, dans un périple aussi dangereux qu'haletant. Une très grande réussite pour ce roman dont les deux tomes se lisent à toute allure, avec un très grand intérêt tant la documentation est précise. Juste un détail, la fin est peut-être un peu trop grand guignolesque et mélodramatique, mais ce n'est nullement rédhibitoire et n'ôte rien à l'ensemble, si réussi.

Haut


La Cagliostro se venge    Maurice Leblanc

Un plaisir savoureux de se replonger dans les aventures d'Arsène Lupin, d'y retrouver sa sagacité, son élégance, sa malice, même si cet ouvrage n'est pas forcément l'un des meilleurs de la série. Un style naturel, une histoire bien menée, des personnages bien typiques de l'époque et de ce style de roman, et une enquête qui se tient parfaitement. Tout ça donne furieusement envie de relire l'Aiguille creuse et Arsène Lupin gentleman cambrioleur.

Haut


L'inutile beauté    Guy de Maupassant

Quelques petits bijoux de littérature classique qu'il est si bon de relire ! D'excellentes nouvelles, courtes, bien ciselées, bien écrites (évidemment), où le génie du Maupassant excelle dans l'observation et la peinture des moeurs de son époque, un régal de lecture.

Haut


Dictionnaire amoureux de la Russie    Dominique Fernandez

Ne pas se méprendre sur le titre de cet épais volume qui, s'il est effectivement présenté sous forme de dictionnaire, ne traite pas d'amour, ou plutôt de l'amour de l'auteur pour des écrivains, des musiciens, des villes de Russie. Très bien écrit, très bien observé, très documenté, cet ouvrage est formidablement intéressant et varié, quel que soit l'intérêt du lecteur, qui peut le lire d'un bout à l'autre, ou y picorer des textes correspondant à ses attentes et à sa curiosité. Et quel talent littéraire a cet auteur, qui écrit dans une langue fluide et précise... un régal.

Haut


Le testament d'un excentrique    Jules Verne

Ce n'est pas une des meilleures productions de cet inépuisable auteur. Un richissime excentrique offre sa fortune à six personnes qui doivent, pour toucher le magot, effectuer un périple entre tous les états de l'Union (des USA) à l'image d'un gigantesque jeu de l'oie humain. L'idée est amusante, mais hélas, à chaque état traversé, chaque ville visitée, chaque fleuve franchi, on a droit à un cours d'histoire et de géographie détaillé et de facture très scolaire parfaitement ennuyeux et beaucoup trop long, comme si l'auteur avait voulu faire un manuel pédagogique et non pas un roman. Et comme la fin, à l'eau de rose, ne rattrappe pas vraiment le reste, il vaut sans doute mieux oublier ce faible roman, Jules Verne a fait beaucoup, beaucoup mieux !

Haut


Histoires de guerre et d'intimité    Alberto Moravia

Est-ce un roman ? Une série de nouvelles ? Des essais ? Rien de tout ça, un recueil d'histoires courtes, de fines peintures dont l'écriture est finement ciselée, des instants de vie, des impressions.. On dirait des ébauches, des idées que l'auteur a couchées sur le papier parce qu'elles lui venaient comme ça, d'un souvenir, d'une vision fugitive. Mais c'est sans doute ce qui est le plus frustrant dans cet ouvrages, c'est que ce ne sont, justement que des ébauches, que ça s'arrête trop vite et qu'on passe à la suivante. On garde une impression de manque, d'inachevé, on aimerait tant savoir la suite, qui n'existe pas. Et à la lecture de ces pages on se dit que c'est bien dommage.

Haut


Quelques nouvelles terrifiantes    Gaston Leroux

Effectivement, elles sont effrayantes ces nouvelles, horrifiques même ! D'autant plus qu'elles ont des chutes à tiroir ce qui fait que, quand on croit avoir atteint le fond, il y a un rebondissement encore plus épouvantable. Du grand art littéraire, un immense talent de conteur, de feuilletonniste, d'écrivain tout court, qui gagnerait tant à être redécouvert.

Haut


La nuit anglaise    Bellin de la Liborlière

Noble émigré sous la Révolution, homme opportuniste, écrivain admirateur du roman gothique anglais, Léon François Marie Bellin de La Liborlière a écrit La nuit anglaise comme un pastiche de ses propres oeuvres et de celles qu'il aimait, en particulier, celles de Ann Radcliffe. C'est assez drôle, mais un peu fastidieux vu les références constantes à des ouvrages quasiment oubliés actuellement. A lire si l'on s'intéresse au roman gothique, et que l'on souhaite ressusciter des écrits tombés dans l'oubli.. mais en dehors de ce cadre très spécifique, on peut totalement oublier l'oeuvre et l'auteur !

Haut


Contes de l'eau bleue    Arthur Conan Doyle

Bien plaisantes ces quelques histoires de fortunes de mer ! Ecrites dans une langue très XIXe siècle, très Jules Verne, certaines amusantes, d'autres plus dramatiques, on s'y promène sur des bâtiments qui grincent, avec cuivres et cordages, marins courageux et hommes du monde. Un agréable moment de détente, et d'aventure.

Haut


Horizon perdu    James Hilton

Un grand classique ! Le mythe de Shangri-La, ce paradis perdu dans une vallée ignorée de l'Himalaya, un beau livre, bien écrit (bien traduit), où rien ne manque, et où rien n'est en trop, une histoire intemporelle, qui fait rêver et continuera à le faire sans doute encore longtemps.

Haut


Sunk    David Calvo - Fabrice Colin

Est-ce une farce ? Une allégorie ? Un conte surnaturel ? Une pochade d'étudiants imaginatifs ? Une histoire morale ? En tous cas, ce n'est pas à ranger dans la science-fiction, ni dans la fantasy... même si certains "ingrédients" pourrait y faire penser, ceci à cause de la forme qu'ont donné ces auteurs à cette histoire d'île qui se noie sous les flots, et dont les habitants montent de plus en plus haut pour tenter d'échapper à leur funeste destin, à ce dialogue, souvent cru et cruel entre les deux derniers survivants, et à ce côté surréaliste que les auteurs ont donné à leur oeuvre. Tout ceci laisse une impression bizarre, indéfinissable, aussi déroutante que l'histoire qui est racontée.

Haut


La mystérieuse flamme de la reine Loana    Umberto Eco

Une longue réflexion sur la mémoire, à partir du cas d'un homme qui, suite à un accident vasculaire, a perdu ses souvenirs. Il part à leur recherche, s'appuyant sur toutes les lectures qu'il a faites, sur des bribes d'impressions ressenties à la vue d'un visage, d'un nom, d'une illustration. Et on part en sa compagnie pour un voyage dans la seconde partie du XXème siècle, avec un feu d'artifice de mots, d'érudition, de détails, que cet auteur sait si bien utiliser et manipuler. Un ouvrage original, abondamment illustré (même en édition de poche), qui fait replonger pas mal d'années en arrière, une oeuvre atypique, attachante, juste un peu longue sur la fin, un immense talent comme toujours chez un des plus grands auteurs actuels.

Haut


Les survenants     René Réouven

Une histoire incroyable, mais qui semble si véridique, si réelle, que l'on ressent un certain malaise en la lisant ; bien plus effrayant par ce qu'il suggère que par ce qu'il décrit, le sujet peut faire froid dans le dos. Un scénario bien ficelé, bien amené, un peu plus faible vers la fin... seulement !

Haut


Le Styx coule à l'envers     Dan Simmons

Une série de nouvelles tout à fait remarquables par leur originalité, leur précision dans le détail et leur écriture. D'une couleur très morbide, elles raviront les amateurs d'histoires étranges et macabres et feront faire des cauchemars aux autres....

Haut


Rue de la Sardine    John Steinbeck

Un petit livre, qui ne raconte rien d'autre que la vie quotidienne de quelques personnages pittoresques et truculents dans un quartier de Monterey, en Californie, avant la guerre. Tout en petites touches, avec un style précis, clair et imagé, l'auteur brosse un tableau amusant et finement observé de la faune marginale d'un lieu qui n'existe plus sous cette forme. C'est autant une suite de tableaux qu'un livre !

Haut


Des souris et des hommes    John Steinbeck

Cette histoire courte, dense, dramatique, a la rigueur d'une tragédie classique. Avec un style incisif et tout simple, Steinbeck fait monter la tension jusqu'à la rupture finale. Pourtant les acteurs n'ont rien de hauts personnages, seulement de petites gens, se simples ouvriers agricoles américains. C'est peut-être justement dans cet écart entre la condition des acteurs et la profondeur de leur action que réside l'intérêt principal de cet ouvrage.

Haut


Gidéon    Stephen Laws

Sinistre histoire, pleine de sang et de sexe, dont les pages sont ponctuées de scènes atroces, et dont les méandres ne présentent aucun intérêt. Abandonné avant la fin, il est inutile de perdre son temps à lire une histoire aussi embrouillée que plate. A éviter.

Haut


Histoire de vertige    Julien Green

Une série de nouvelles, un peu étonnantes : s'agit-il véritablement de nouvelles, ou plutôt d'exercices de styles, de "brouillons", de notes accumulées en vue d'une oeuvre ultérieure ? Parce que ces récits, de longueur inégale, semblent plus ou moins tous inachevés. A la dernière ligne, on reste sur sa faim, l'histoire aurait pu être plus développée, plus fouillée, mais non, l'auteur s'arrête, ou plutôt donne l'impression de s'interrompre parfois un peu trop brutalement. Il n'en reste pas moins que le style et le vocabulaire sont remarquables, l'écriture, fluide, est admirable, et que, rien que pour ça, ces histoires de vertige méritent d'être lues.

Haut


Les larmes d'Icare    Dan Simmons

Quel beau livre ! L'itinéraire spirituel d'un ancien cosmonaute, un de ceux qui a marché sur la lune du temps des missions Apollo, la vie de cet homme, encore englué dans un passé à la fois original et glorieux, à la lumière des événements de sa vie de quinquagénaire. Tous les sentiments, les réactions, les rêves de cet homme, comme les situations dans lesquelles il se trouve, sont finement étudiés. A la fin de la lecture, on a l'impression d'avoir écouté une agréable mélodie. C'est un livre calme, apaisant et profond.

Haut


Les fils des ténèbres    Dan Simmons

La même recette que "l'échiquier du mal" : action, suspens, situations périlleuses, coups de théâtre, fins de chapitres haletantes... et la même réussite dans le mélange de ces ingrédients. Sur un fond de vampires et de Transylvanie, pimenté d'un zeste de biologie d'avant garde, sans oublier les sentiments, les passions, la volonté et la rage de vaincre l'ennemi, et l'on obtient un thriller remarquable d'efficacité, qui se lit tout d'une traite, malgré son volume, avec une jubilation certaine. Ce n'est pas de la science-fiction, plutôt de l'historique-fiction, c'est un roman d'aventure où les héros, invicibles, se surpassent, où les traitres n'en sont pas vraiment et où les méchants le sont fortement. A conseiller à ceux qui aiment trembler et qui ne sont pas trop pointilleux sur la véracité des situations.

Haut


Le diable sans porte    Claude Duneton

L'histoire de France vue à travers le regard d'un enfant et de sa famille, vivant dans un village de la Creuse. Beaucoup d'humour, des scènes familiales bien observées, un style alerte et gai, mais hélas, beaucoup de vulgarité aussi (mal venue et qui nuit à l'ensemble), et un anticléricalisme si primaire et si outrancier qu'il en est affligeant."Ah mes aïeux" est le premier volume d'une série, mais ne donne pas vraiment envie de lire les autres. Cet auteur nous avait pourtant habitué à bien mieux

Haut


L'échiquier du mal    Dan Simmons

ATTENTION ! Si vous avez le malheur d'ouvrir la première page du premier tome (il y en a quatre) de ce livre, attendez-vous à sacrifier votre famille et vos loisirs jusqu'à ce que vous en ayez terminé la lecture ! Dan Simmons entraîne son lecteur dans un tourbillon, l'insère dans un inextricable écheveau d'actions violentes, d'innommables horreurs, de passions, de mouvements accelérés sur fond de viol mental. C'est un livre haletant d'un bout à l'autre, et on a hâte de voir comment tous ces fils vont bien pouvoir se démêler. Certes, l'auteur en fait parfois un peu trop, et on se demande bien comment les héros résistent à tant de mauvais traitements, il y a quelques interventions quasi miraculeuses qui dénouent des situations bien complexes, mais c'est une prouesse d'arriver à maintenir intacts l'intérêt et le suspens de cette incroyable histoire pendant mille pages.

Haut


Petits états d'Amérique    Françoise de Mauldre

Un jeu de mots pour le titre de ce livre : on n'y parle pas des Etats américains mais de l'état de l'Amérique, vu à travers le regard d'une jeune femme qui s'y promène dans les années 80. Il y a quelque chose de la quête des routards de "sur la route", le sordide en moins, mais chaque scène, qui se déroule chaque fois à un endroit différent, est bien observée, bien que le pessimisme y soit partout sous-jacent. Une vision intéressante de l'Amérique profonde, de ses travers et de ses habitudes, un récit de voyage, aussi, mais traité sur un mode inhabituel et très personnel. En conclusion, un petit ouvrage agréable et vite lu.

Haut


Big Sur    Henry Miller

Ce n'est pas un roman, en ce sens que cet ouvrage ne narre aucune action, ce n'est pas un journal intime, ni d'ailleurs une chronique de la vie d'un petit coin d'Amérique où il fait bon vivre. En fait c'est tout ça à la fois, c'est une collection de réflexions en vrac de récits anecdotiques, de philosophie, sur la vie et l'environnement d'Henry Miller. C'est un peu "nombriliste" (tout tourne autour de lui, tout est pour lui et par lui), c'est calme et nonchalant, pas vraiment ennuyeux, mais pas passionnant non plus. Si l'auteur s'introspecte beaucoup, ce qui n'est pas toujours forcément intéressant pour un tiers, il a, par flash quelques idées géniales qui donnent de l'intérêt à cette chronique californienne qui serait bien plate sinon.

Haut


Le rivage des Syrtes    Julien Gracq

Un pur chef d'oeuvre de la littérature française comme on n'en fait plus de nos jours ! En effet, ce roman, qui a valu le prix Goncourt à son auteur en 1951, réunit tout ce qui fait un grand chef d'oeuvre : une haute imagination et une écriture d'une grande beauté et d'une grande force évocatrice. Pour preuve, on ne s'ennuie pas un seul instant à la lecture de descriptions s'étalant sur plus d'une dizaine de pages ! Le récit, quoique superficiellement dépourvu d'action, dégage une forte impression de mystères dont le lecteur sort envoûté, cherchant absolument à en savoir plus, ce qui a amené certains critiques et mythologues à comparer "Le rivage des Syrtes" avec "Le seigneur des anneaux" de J.R.R. Tolkien. A ce propos, il peut être intéressant d'émettre quelques spéculations sur le cadre historique et civilisationnel du "Rivage des Syrtes". Bien que le cadre du récit ne soit pas à proprement parler celui de la littérature "fantasy", nous sommes manifestement en présence d'un univers parallèle : Orsenna et ses colonies ressemblent fortement aux cité-états italiennes, qui comme Venise ont regnées sur la méditerrannée jusqu'au XVIIIème siècle.Nulle part, il n'est fait mention de l'Italie, mais les noms de personnage et de lieu, et les références à l'histoire ancienne (les royaumes lombards, les forteresses normandes, ...) y font inévitablement penser. La divergence entre cette quasi-uchronie et notre monde tient sans doute à ce que, la révolution française n'ayant pas eu lieu, Orsenna et ses colonies n'ont pas eu à souffrir de la campagne italienne de Bonaparte en 1796-1797, qui ont conduit à l'écroulement de la république de Venise. La longue décadence d'Orsenna, entamée depuis la fin du XVIIème siècle, et qui s'est traduite par un retrait progressif face à aux ennemis du Farghestan (équivalent en mer des Syrtes des Turcs Ottomans), s'est poursuivie jusqu'au début de ce XXème siècle (signalé par la présence de bateaux à moteur et l'utilisation occasionnelle de l'éclairage électrique), période à laquelle débute "Le rivage des syrtes"(A).
C'est beau, élégant et ennuyeux comme du Stendhal, avec un style à la fois riche et désuet (ah, les imparfaits du subjonctif !), par lequel on sent l'odeur fade de la lagune, la décrépitude des palais et l'obsolescence de la vie quotidienne des héros dont l'existence ralentie au milieu de décors anachroniques, fait penser à certaines scènes filmées par Marguerite Duras. C'est difficile à lire, on a souvent bien du mal à ne pas refermer ces pages, si bien écrites mais si soporifiques. Trop de beauté nuit !(H)

Haut


Un bomme de glace    Ian Banks

S'il ne s'agissait pas d'un auteur véritablement original comme Iain Banks, on pourrait croire que ce roman a été écrit sur commande de l'éditeur. En effet, il rassemble toutes les recettes pour produire un thriller à la mode du temps : un serial killer, de l'ultra-violence, du sexe sous toute ses formes, le tout revenant à intervalle régulier pour soutenir l'intérêt du lecteur. Heureusement, l'auteur va bien au delà de ces clichés pour provoquer chez le lecteur une véritable angoisse, non pas due à l'intrigue, mais plutôt en entretenant volontairement une confusion malsaine entre les sentiments du héros et ceux de l'affreux serial killer, démontrant par là que la véritable horreur réside bien dans l'inconscient de tout être humain.

Haut


L'amour la mort    Dan Simmons

Un mauvais livre écrit par Dan Simmons, ça existe ? Oui, celui là. C'est un recueil de nouvelles, de longues nouvelles, presque de courts romans, pleines de sang , de sexe et de violence. Comme ce ne sont pas de vraies nouvelles, il y a trop de descriptions délayées, pour faire de la copie, mais pas assez de profondeur pour aller plus loin. Les chutes sont ratées, et les histoires se terminent en queue de poisson. Quelques bonnes idées, mais mal traitées, et rien qui mérite de s'en souvenir.

Haut


La première gorgée de bière    Philippe Delerm

Ce minuscule recueil d'observations et de pensées semble à première vue une compilation de lieux communs, d'idées banales et conventionnelles. Il s'agit de l'étude et de la description aiguë de la simple réalité quotidienne, celle que tout un chacun a pu vivre ou regarder, de tous les plaisirs si simples de la vie devant lesquels on ne s'arrête pas, dont on ne réalise pas toute la richesse. Très, très loin d'André Gide et des " Nourritures Terrestres ", beaucoup plus profondes et philosophiques, nettement plus près de Colette et de ses descriptions quasi sensuelles des choses qui l'entourent, ce petit livre se lit en une demi heure, laissant un goût de friandise légère, trop vite avalée.

Haut


Les particules élémentaires    Michel Houellebecq

Ce livre est stupéfiant ! Il est constitué de la juxtaposition insolite de longs exposés scientifiques et techniques fort documentés, d'exégèses philosophiques et sociologiques profondes, et de descriptions de scènes pornographiques que l'on croirait sorties tout droit d'un film X. L'histoire racontée est elle aussi stupéfiante ! Elle narre longuement la vie de deux hommes, demi-frères, dont l'un est chercheur scientifique et l'autre enseignant, pour lesquels, la principale occupation (préoccupation ?) est la jouissance sexuelle, sous toutes ses formes, même les plus abjectes. Si l'un sombre petit à petit dans une douce folie et une hébétude médicamenteuse, l'autre parvient à poursuivre une recherche scientifique et mentale qui débouchera sur... la surprise que le lecteur découvrira dans les dernières pages. Roman remarquablement construit et écrit, original par son idée et la façon de la présenter, désespérant par son pessimisme, lumineux par son épilogue (qui pourrait être le sujet d'un roman de S.F.). Mais, fallait-il vraiment que l'auteur insiste avec autant de précision et de complaisance sur les scènes pornographiques qui émaillent le livre ? Est-ce dans l'esprit de l'auteur un fantasme si puissant qu'il lui faille à tous prix l'exorciser ? Une basse question commerciale ? (le sexe fait vendre). L'ouvrage dans son ensemble, vaut mieux que les mauvaises raisons qui ont poussé les lecteurs trop curieux à le lire.

Haut


Les fourmis de Dieu    Pierre Duhamel

Des amours, des vies qui passent, sur fond de cathédrale à l'interminable construction. Ce livre est avant tout un roman, ou plutôt une courte saga qui décrit la vie de quelques habitants de Bourges, avec leurs amours, leurs guerres et leurs incertitudes. Le grand chantier de la cathédrale domine toutes ces péripéties et les replace dans une époque dont les détails de vie sont simplement et fidèlement décrits.
A mi-chemin entre le roman et l'étude historique, cet ouvrage est facile à lire, même si on peut lui reprocher un certain manque de souffle et un côté un peu mièvre.

Haut


Jean Faust    Philippe Raulet

Le mythe de Faust a été bien souvent traité, par des poètes, des historiens, ou des musiciens. Ici, c'est une approche tout à fait différente, et fort originale. L'auteur, reprenant la légende à sa source (fin 15e siècle), traite son sujet sur un mode romanesque et très vivant. Les personnages, humains ou diaboliques, qui entourent Jean Faust sont expressifs, le contexte de l'histoire est finement décrit, les décors aussi, et on se prend au jeu au point où l'on en oublie que l'histoire est déjà fort connue, et que nul n'en ignore la fin. Faust cesse d'être un mythe pour redevenir un homme ordinaire, dont l'histoire est passionnante et les motivations, bien que fort sulfureuses, très modernes.

Haut


Comment voyager avec un saumon    Umberto Eco

Il s'agit d'une suite de chroniques succulentes. L'auteur y pourfend avec un humour subtil et ravageur tout ce qui encombre la vie quotidienne, de l'administration tatillonne et inefficace aux ordinateurs rétifs, en passant par les mode d'emploi aussi abstrus qu'abscons. Le tout est remarquablement écrit, par ce ciseleur de mot qu'est Umberto Eco (chapeau à la traductrice), c'est un régal à déguster, comme une nourriture rare. Le premier récit, intitulé " Galons et galaxies " est un vrai chef d'oeuvre, vilipendant la stupidité militaire, élargie à la Galaxie, avec toute une galerie d'extraterrestres digne de Douglas Adams ou de Pratchett. Mais les autres, tous différents, valent tous le détour : la qualité des observations, l'humour, et le style de l'auteur en font des monuments d'anthologie. A des lieux toutefois du " Nom de la Rose " ou du " Pendule de Foucault ", (si ce n'est par la qualité de l'écriture) ce qui montre les facettes multiples de cet écrivain.

Haut


A l'est de la vie    Brian Aldiss

La mémoire, celle qui est localisée dans le cerveau de chacun, est une denrée recherchée, achetable et vendable au plus offrant. Mais on peut aussi la voler, quand elle présente un intérêt commercial. C'est ainsi que le héros de cette histoire se trouve amputé par des négociants malhonnêtes du souvenir d'une dizaine d'années de sa vie, et part à leur recherche, sous le couvert de son exercice professionnel, au milieu des conflits qui ensanglantent l'Asie, après la chute de la Russie. Un thriller violent, avec certaines descriptions insoutenables, des terroristes, des traîtres, une histoire d'amour sous-jacente, des chefs d'état marrons, des cauchemars sensuels, des dédales politiques, le tout formant un roman qui se lit sans ennui, mais qui ne laissera pas de souvenirs inoubliables. Que c'est loin de la magie et de la poésie d'Helliconia... on ne dirait pas que c'est le même auteur qui l'a écrit !

Haut


Fantôme    Thomas Tessier

Un livre bien quelconque : les personnages adultes semblent tout droit sortis d'un soap opera, la mère de l'enfant est stupide et le père suffisant et sommaire. Les deux clochards sont fortement inspirés de Steinbeck (le génie en moins) et l'histoire s'étire, fumeuse, tout au long de longs chapitres sans intérêt. Peur ? Hantises ? Frissons ? Jamais on y croit assez, c'est trop plat, trop puéril pour avoir une quelconque efficacité. Et puis, il y a le chapitre 28, qui est un véritable bijou (dans un écrin de carton...) : ce voyage au pays de la mort est exceptionnel, par ses descriptions, son atmosphère surnaturelle, sa progression presque insoutenable. C'est tellement différent du reste tant par l'écriture que par l'ambiance que l'on a l'impression qu'il ne s'agit pas du même auteur. Après ce fragment extraordinaire, on retombe de Dante à Delly.... Hélas ! Donc, on garde un seul chapitre, qui, à lui tout seul, aurait pu être une nouvelle fantastique, et on jette sans regret tout le reste.

Haut


Retour à Arkham    Robert Bloch

Est-ce que les écrits de H.P. Lovecraft sont imaginaires ou non ? Cet auteur décrit-il une situation réellement existante, ou évoque-t-il des faits secrets qui lui auraient été révélés ? C'est tout le sujet de ce livre dont l'auteur, assurément, connaît parfaitement et dans ses moindres détails l'oeuvre de Lovecraft. Il ne s'agit pas d'un pastiche, d'un " ...à la manière de.. ", c'est une autre dimension donnée à une oeuvre et à un auteur aimés avec passion. Si ça démarre doucement, un peu comme une vieux roman policier britannique, ensuite c'est l'escalade du suspens et de l'horreur. Et même si certains personnages sont un peu faibles, et proches du roman photo, dans l'ensemble, ça se lit avec plaisir. Mais, il est hautement souhaitable d'avoir lu Lovecraft avant, d'abord pour comprendre la trame générale de cette histoire, et puis, parce que c'est autrement plus envoûtant

Haut


Le fantôme d'Hollywood    Ray Bradbury

Le principal intérêt de cette histoire policière, avec crimes, disparitions, morts ressuscités, souterrains et cimetière est le cadre dans lequel elle se déroule : les studios d'Hollywood avant la guerre, avec ses décors, où Notre Dame de Paris voisine avec Tombstone, ses magnats et leurs cigare, les stars et les chasseurs d'autographes, les cohortes de figurants, l'alcool et une certaine forme de démesure enfin. Tout y est parfaitement décrit, y compris les personnages, dont certains sont savoureux, et semblent tout droit sortis d'une anthologie. L'intrigue par contre est à la fois complexe et un tant soit peu téléphonée, il est nettement plus amusant de voir évoluer toute cette faune que de connaître la fin de l'énigme. Et on retrouve dans ce livre la grande élégance de Ray Bradbury, et toutes les qualités qui font de lui un très grand auteur, même si ce roman est loin de valoir ses chefs d'oeuvre de science-fiction.

Haut


Pleure O pays bien aimé    Alan Paton

Un livre bouleversant, écrit avec beaucoup de pudeur, de retenue, de fierté aussi. La ségrégation raciale, l'apartheid, le drame des populations locales déracinées, désorientées, dont on peut comprendre la violence, les Blancs déboussolés aussi parce que tout ce qu'ils vivent ne correspond pas à leur éducation, tout y est finement analysé dans une histoire prenante, difficile, et qui sonne si juste. Un grand succès de la littérature contemporaine amplement mérité, sur un pays où tout est différence, où les chocs entre ethnies n'ont commencé à cicatriser que depuis si peu de temps, un livre d'espoir aussi, qu'il faut lire justement à la lumière des changements récents pour comprendre à quel point il était important qu'il ait été écrit (en 1948), pour que l'on prenne conscience... Plus fort que " la case de l'oncle Tom " auquel il a été souvent comparé, parce que beaucoup plus proche de nous dans le temps, c'est un beau livre, un grand livre, qui rend encore plus attachant le pays où l'histoire se déroule.

Haut


A rebours    Joris-Karl Huysmans

Ecrit en1884, ce livre, dont le personnage principal (et unique) est inspiré de Robert de Montesquiou est typique d'une certaine forme de littérature décadente. Il ne s'y passe rien, ou presque rien, tout tourne autour d'un homme oisif qui pratique l'introspection, et passe son temps à s'analyser et à observer le monde étroit qui l'entoure. Cette oeuvre est caractérisée par une orgie de mots, de termes savants qui caracolent et se télescopent dans la moindre phrase comme si l'auteur les savourait et jubilait de leur amoncellement. Tout est prétexte à s'enivrer du délicieux sortilège de l'épithète rare. Au milieu d'un livre très kitsch, presque illisible tant il fait suranné, tant le style est souvent artificiellement recherché, on trouve tout de même, en plus des mots inusités (avoir un dictionnaire sous la main ! ) et de somptueux imparfaits du subjonctif, quelques perles rares et trouvailles heureuses, mais il est toutefois bien difficile d'aller jusqu'au bout.

Haut


L'amant de Lady Chatterley    D.H. Lawrence

Toujours aussi flamboyant ce roman qui ne se démode pas ! Il ne se résume d'ailleurs pas à ces si belles et si sulfureuses descriptions érotiques qui ont fait sa célébrité, puisque l'on y trouve aussi une remarquable étude de la société bourgeoise de l'Angleterre du début du siècle dernier, et de non moins intéressantes descriptions des Midlands industriels et miniers, dont l'atmosphère pesante, enfumée et infiniment triste est particulièrement bien rendue. La personnalité de Constance Chatterley est attachante, avec son mélange de sensualité exacerbée et de mélancolie ; elle s'accorde si parfaitement avec l'atmosphère humide et grise des décors, qui cache tant de violence sous des dehors feutrés. Intéressante aussi la dualité entre les châtelains, et le peuple des mines, dont les deux univers semblent tout à fait impossible à réunir. Un roman éternel, intemporel, qu'on peut relire plusieurs fois dans sa vie.

Haut


Baudolino    Umberto Eco

Voilà un roman truculent, picaresque, foisonnant, plein de rebondissements, qui se déroule à la fin du 12ème siècle entre Constantinople et les régions inconnues au-delà de la Mésopotamie. Cette histoire rocambolesque et passionnante est racontée par son héros, aventurier aussi menteur que plein de panache et d'imagination. On y navigue au milieu de la cosmogonie du Moyen-âge, des concepts scientifiques et philosophiques de cette époque, et du bestiaire plus ou moins monstrueux qui était sensé peupler des contrées aussi mystérieuses que lointaines. Tous les détails sont succulents, toutes les descriptions sont à savourer lentement, tous les mots (quelle richesse de vocabulaire, habituelle chez cet auteur) ont de la valeur, jusqu'à la fin qui laisse la porte ouverte à l'imaginaire. Quelle oeuvre ! Et quel écrivain ! Un des plus grands auteurs actuels, certainement.

Haut


L'arbre des possibles    Bernard Werber

Une collection de nouvelles, courtes, variées : il y en a de tous les genres, réflexions plus ou moins philosophiques, science-fiction, fantastique, toutes pleines d'humour et de légèreté. Le tout se lit très vite, très facilement. Justement, c'est sans doute ce que l'on peut reprocher à cet ouvrage, une forme de superficialité. L'auteur lance une idée, la développe en quelques lignes, et l'abandonne pour une autre. Il précise dans sa préface que ces nouvelles sont, en quelque sorte la genèse de ses romans. C'est effectivement l'impression qu'on en retire quand on referme ce livre, on a lu des ébauches, des idées jetées sur le papier, des plans d'oeuvres plus conséquentes, des résumés. Ce peut être amusant, distrayant, mais aussi très frustrant !

Haut


Epouses et concubines    Su Tong

Une famille chinoise en 1920 : le maître et ses quatre épouses. Un huis clos entre quatre femmes différentes par leur âge, et leur tempérament, un huis clos dramatique pour qui est incapable de vivre ainsi, dans un tel esclavage, il y a moins d'un siècle... Un tout petit livre, dense, concis, presque sec, comme une épure, comme un dessin à la plume, un autre univers... !

Haut


Nouvelles de l'anti-monde    George Lagelaan

Contrairement à ce qu'on pourrait penser en voyant le titre, et à ce qu'en dit Jacques Bergier dans sa préface, ce ne sont pas vraiment des nouvelles de science-fiction, plutôt des nouvelles sur l'étrange, l'anormal, à inspiration plus policière que SF. Disons que ça s'apparenterait plutôt aux récits de Pierre Bellemare. Ce sont des nouvelles réussies, et bien écrites, tout à fait dans la tradition de ce genre littéraire, il y a de l'originalité, du suspens, et c'est très facile à lire, même si ce n'est pas vraiment un chef d'oeuvre ni un ouvrage inoubliable.

Haut


L'enfant des lumières    Françoise Chandernagor

.. Ou Andromaque transposée au 18ème siècle, à l'aube de la Révolution : l'histoire d'une veuve noble et pauvre, élevant son fils unique dans les principes du temps, et dans un but précis aussi. L'enfant est attachant, fantasque, génial dirait-on aujourd'hui, et sa mère tente de lui faire traverser une période difficile, tant pour lui-même que pour le monde qui va basculer. C'est un roman historique, très documenté, très précis ; on est plongé dans la vie et l'atmosphère d'un manoir rural, jusqu'au moindre détail de la vie quotidienne de hobereaux désargentés aux marches du Massif Central. La vie parisienne, les intrigues des financiers, les manoeuvres de la cour, jusqu'aux premiers remous de la Révolution, tout est vivant remarquablement décrit et.. écrit ! Quelle langue superbe ! Madame Chandernagor est décidément un très grand écrivain ! Il n'y a pas de longueur dans cet ouvrage, malgré ses 400 pages, juste une impression d'inachevé à la fin, de suite à venir, ou peut-être est-ce l'effet de la tristesse de quitter Alexis à l'aube de sa réussite...

Haut


Des couples    Maurice Leblanc

Une très agréable surprise que ce recueil de nouvelles de l'auteur d'Arsène Lupin. Des oeuvres de jeunesse, certes, mais qui annonçaient déjà un certain talent d'observation et de narration. L'auteur n'est pas tendre pour ces couples de bourgeois normands, sa plume est incisive, et son écriture, concise, rend les choses encore plus percutantes. A découvrir, avant de relire le restant de l'oeuvre, très différent. Sans doute Maurice Leblanc aurait pu continuer dans cette voie, il y a du Maupassant, et même du Flaubert dans son inspiration, mais, aurait-il eu autant de succès ?

Haut


Argile et cendres    Zoé Oldenbourg

Un fabuleux roman, qui n'a pas pris une ride en bientôt soixante ans. Prototype du roman historique largement documenté où tout est étudié en finesse, en précision, avec en plus des personnages attachants. Une fresque sur la France au temps des croisades, chez un pauvre châtelain de Bourgogne, avec toute la dureté, les difficultés de cette époque, et toute l'humanité de ces gens confrontés à la pauvreté, la mort, les blessures, la foi chrétienne et les vicissitudes de ces temps-là. Un chef d'oeuvre de la littérature.

Haut


Les chiens de l'hiver    Dan Simmons

Certes, cet ouvrage n'a pas l'envergure du cycle "Hyperion", mais c'est un thriller plutôt réussi, assez tortueux pour que l'on ne devine pas d'un chapitre sur l'autre ce qui va se passer, avec une maison hantée, des chiens monstrueux, des morts vivants, d'étonnants dialogues avec un ordinateur (sous DOS, c'est même précisé), un professeur dépressif, enfin tous les ingrédients d'un roman d'horreur (encore que, ça ne fait pas faire de cauchemars) dans la bonne tradition du genre. Pour amateurs de ce style de littérature !

Haut


Couleur du temps    Françoise Chandernagor

Un tout petit roman, par la taille, mais pas du tout par le fond ! La vie d'un peintre au XVIIIe siècle. Quel peintre ? Eh bien, ni Greuze, ni Watteau, ni Nattier, bien qu'il apparaissent au fil des pages, plutôt l'archétype du peintre en quelque sorte. Et c'est remarquable.. On suit la vie de cet artiste, ses revers, ses espoirs, dans le contexte du temps, dans la vie quotidienne de cette époque. Un livre très bien écrit, comme toujours chez cet auteur, original, et très agréable à lire.

Haut


Ensemble c'est tout    Anna Gavalda

Joli, drôle, fin, écrit comme on peindrait un tableau impressionniste, à petites touches légères et précises, presque naïves. Il y a de l'Amélie Poulain dans l'héroïne ! Tout y est aérien, intemporel, et pourtant il s'agit d'histoires de tous les jours, de situations quasiment banales, de moeurs actuelles ordinaires, fort bien observées au demeurant, même si elles sont parfois un tantinet moralisatrices. Un livre agréable, reposant, facile à lire, qui réussit ce paradoxe d'être à la fois réaliste et idéaliste, ancré dans la réalité et hors du temps, profond et rafraîchissant. Une jolie surprise, en tous cas.

Haut


Le dernier ami    Tahar Ben Jelloun

Une belle histoire toute simple, et fort bien écrite comme toujours chez cet auteur. Deux amis, dans le Maroc de l'après-guerre, qui vivent très proches, et pourtant ne racontent pas la même histoire, sur fond des troubles politiques de cette époque, et dans le contexte social de ce pays. Un ouvrage vivant, bien observé, pudique, très plaisant.

Haut


Plus noir que vous ne pensez    Jack Williamson

Bof ! Bof ! S'agit-il d'un roman d'horreur ? D'un thriller ? D'une histoire fantastique de sorcellerie ? D'une étude pseudo-scientifique sur la parapsychologie ? L'auteur a fait en tous cas un bel amalgame de tous les poncifs du genre : loups-garous, sorcières, savant revenu avec un trésor maléfique d'un désert lointain, explications fumeuses sur la probabilité, amitié virile, histoire d'amour aussi, mais le tout n'est pas du tout convainquant.. Et si l'ouvrage a le mérite de se lire d'une traite, on en aurait presque honte d'être allé jusqu'au bout !

Haut


Le château des étoiles    Paul Chatel

Bien intéressant roman ! Sous-titré "Etrange histoire de Tycho Brahé, astronome et grand seigneur", on vit avec ce savant (à la mode de son siècle), tout au long d'une existence entièrement placée sous le signe de l'observation des étoiles. Aidé, sponsorisé dirait-on maintenant, par le roi du Danemark, qui lui procure revenus, terres et château, Tycho Brahé a consacré toute sa vie a de minutieuses observations basées, hélas, sur un concept erroné qui ne sera corrigé qu'après les travaux d'un de ses derniers élèves, Kepler. On découvre aussi la face moins connue de l'homme, son caractère difficile, son égoïsme, son autorité, autant sur ses disciples que sur sa famille (de 13 enfants..). Cet ouvrage est présenté par son auteur comme un roman, pas comme une biographie, sans doute est-ce une biographie romancée.. en tous cas un livre fort bien écrit et fort plaisant.

Haut


Da Vinci code    Dan Brown

Sur une idée bien éculée (la lutte séculaire du Vatican et du Prieuré de Sion pour garder le secret de la descendance qu'aurait eue Jésus avec Marie-Madeleine), Dan Brown a écrit un thriller échevelé, où il y a un rebondissement par chapitre, sur un rythme haletant, sans oublier une multitude de détails historiques et ésotériques (que l'édition illustrée met bien en valeur). Certes, ces thèses ne sont pas nouvelles, beaucoup d'ouvrages ont été écrits sur ce sujet, "l'énigme sacrée" par exemple, et il y a un savant mélange de notions plus ou moins hermétiques allant du Graal aux visions de Léonard de Vinci, en passant par le rôle occulte de l'Opus Dei, dans lesquelles on se perd un peu, mais pour ceux qui découvrent cette histoire, pour les amateurs de suspens, de coups de théâtre et de retournements de situations, on comprend aisément que cet ouvrage ait pu être un best seller ! Pour les autres, on dira que c'est plus facile à lire qu'une savante exégèse sur le sujet...

Haut


Lucrèce Borgia    Joachim Bouflet

Biographie romancée d'une femme d'exception, sur laquelle beaucoup de choses ont été dites et colportées, et peu vérifiées. L'ouvrage a la forme d'un journal intime, écrit par l'héroïne à l'article de la mort, pour ses enfants, basé sur l'authentique Diario écrit par Lucrèce. Il est un peu difficile d'y entrer, l'auteur utilisant des tournures de phrase et des mots anciens, mais ensuite, berçé par une langue fort belle, on s'immerge complètement dans ce monde extraordinaire de l'italie du Quattrocento, avec ses intrigues, ses meurtres, sa cruauté, son extrême raffinement, son art inimitable, ses richesses.. Fille de pape, soeur trop aimée de César Borgia, mariée plusieurs fois, jouet des diverses factions qui ensanglantent la mosaïque d'états de l'époque, profondément pieuse et en même temps futile et coquette (les descriptions des robes et des bijoux portés par elle et ses suivantes sont de véritables peintures d'une précision remarquable), cette femme au destin exceptionnel vaut amplement la peine d'être mieux connue, et ce n'est pas le moindre mérite de l'auteur d'avoir su la faire revivre de façon aussi passionnante et aussi réaliste. Un voyage dans le temps dont on revient abasourdi et émerveillé.

Haut


Milady    Olivier Merlin

Un personnage célèbre pour ceux qui ont lu "Les Trois Mousquetaires" ! Ici, il s'agit de la biographie romancée de cet intéressant personnage, à la vie remuante, pleine d'intrigues, d'amours, de relations multiples plus ou moins occultes, dans l'Angleterre du 17ème siècle. On se promène dans les multiples résidences de cette femme infatigable, on vit avec ses contemporains, on se croit vraiment revenu dans un roman de cape et d'épée de l'époque. Tout ça fait un roman très vivant, enjoué, enlevé, facile à lire et fort dépaysant.

Haut


Contes grivois    Guy de Maupassant

Grivois ? Oui, à la mode du 19ème siècle ! Donc, à mettre entre toutes les mains... Tout un lot de nouvelles, certaines pleines d'humour, d'autres, plus plates, moins fignolées. Si ce n'est pas du grand Maupassant, c'est en tous cas remarquablement écrit, finement observé, très agréable à lire, avec en prime une observation (pas toujours très charitable) des moeurs de son temps, ce qui est fort distrayant.

Haut


Une vie française    Jean-Paul Dubois

Ce livre ne peut que ravir les natifs d'après-guerre, parce qu'ils y retrouverons, à quelques années près pour certains, tout ce qu'ils ont connu et plus ou moins vécu depuis. L'auteur y relate les évènements qu'il a vécus, et observé avec sa propre sensibilité (de gauche pure et dure, au début, puis, par son évolution personnelle, de gauche "caviar", ensuite...). On lit cet ouvrage sans s'arrêter, tant il est vivant, bien écrit, et bien vu. Par contre, la place énorme prise par le sexe et ses différentes déclinaisons est plutôt lassante, comme si c'était là le plus important de la vie, la base de toutes choses, c'est dommage, parce que le livre en est alourdi inutilement.

Haut


Ma vie avec Mozart    Eric Emmanuel Schmitt

Une approche originale, d'abord. Il ne s'agit ni d'une biographie, ni d'une exégèse musicale, mais d'une conversation entre l'auteur qui écrit et le musicien qui répond par ce qu'il engendre chez l'auteur, comme émotion esthétique profonde avec sa musique. C'est étonnant, vivant et curieux. Contrairement à ce qu'on pourrait penser avec le titre, il n'y a aucune fatuité, aucune outrecuidance de la part de l'auteur, tout semble parfaitement naturel et spontané, même si on ne peut pas oublier l'opportunisme de publier cet ouvrage en cette année Mozart. Un seul reproche, c'est beaucoup trop court, et se lit beaucoup trop vite, on en aimerait plus... enfin, c'est remarquablement écrit, ce qui n'est pas toujours le cas, et de loin, dans la littérature actuelle. En plus, un CD intéressant est offert avec ! Ce qui console de la brièté du livre.

Haut


La chevauchée du flamand    Jean Diwo

Biographie romancée du peintre Rubens, ce livre se lit effectivement comme un roman, l'heureuse destinée de cet immense artiste, si bien en phase avec son temps, est remarquable d'optimisme et de fraîcheur. L'auteur fait un parallèle intéressant avec l'histoire de France, et l'histoire personnelle de Rubens, les faisant converger pour mieux montrer l'implication qu'il a eu dans l'évolution de l'art de cette époque. Il s'agit d'un livre facile à lire, bien écrit, pas le moins du monde rébarbatif, accessible à tout public, qui manque peut-être seulement d'âpreté (tout le monde est beau, tout le monde est gentil, tout se passe bien), mais peut-être la réalité historique et artistique a-t-elle été ainsi ? De toutes façons, on apprend beaucoup de choses à la fois sur les évènements de ce temps que sur la façon de travailler d'un des plus grands peintres du monde.

Haut


Balzac et la petite tailleuse chinoise    Dai Sijie

Un court roman, frais, limpide, naturel, plein d'odeurs, d'humidité, de paysages qu'on dirait sortis tout droit d'une estampe à l'encre de chine, avec des enfants qui découvrent et se découvrent, qui survivent, qui essayent de penser et d'agir, avec la naïveté de l'innocence et la force de vivre une vie difficile. On est tout dépaysé durant cette lecture, ailleurs, dans un autre monde, on se laisse aller à humer la senteur de l'étang, à toucher les feuilles du grand gingko et puis... on retombe lourdement sur terre, quand on réalise que cette belle histoire s'est déroulée il y a à peine plus de 30 ans, sur la Terre, en Chine, du temps de la Révolution Culturelle, et on est horrifié et abasourdi par tant de stupidité, de haine, d'impéritie, et on frissonne devant les dégâts irréparables que ce genre d'idéologie a pu faire sur tant de pauvres humains endoctrinés malgré eux. La Petite Tailleuse Chinoise ? Un livre à lire à deux niveaux, et surtout à méditer.

Haut